Le 9 novembre : une date à commémorer ?

Quelle est la date de la fête nationale en France ? Allez, tous en chœur : le 14 juillet ! Si on parle plus souvent de la prise de la Bastille, on célèbre en fait la fête de la fédération du 14 juillet 1790. Car n’est-il pas plus glorieux de célébrer l’unité d’une Nation plutôt qu’un acte de violence ?

Cette question se pose également pour la fête nationale allemande.

Peut-être vous souvenez-vous de la date de la chute du mur ? Dans la nuit du jeudi 9 au vendredi 10 novembre 1989, les check-points de la frontière inter-allemande et de Berlin sont enfin ouverts. Rebaptisée « chute du mur de Berlin », le 9 novembre 1989 reste dans les mémoires comme un jour (ou plutôt une nuit) de fête, qui marque des retrouvailles, après 28 ans de séparation.

(KEYSTONE/EPA/DPA/Fischer)

La fête nationale serait-elle alors célébrée le 9 novembre ?
Eh non ! c’est le 3 octobre, car c’est le 3 octobre 1990 qu’a lieu la réunification officielle.

Pourtant, le 3 octobre 1990 est une date assez formelle, sans portée épique. Elle ne célèbre pas la magie qui entoure les retrouvailles du 9 novembre, mais la simple mise en application d’une décision politique.

Alors, pourquoi préférer un terne 3 octobre à un flamboyant 9 novembre ?
Peut-être justement parce que le 9 novembre évoque des sujets trop brûlants pour les allemands.

 

  • Proclamation de la République par Philipp Scheidemann au Reichtag.

    Le 9 novembre 1918, à Berlin, le pouvoir impérial est renversé.

Fin de l’empire, fin d’une guerre trop longue et changement radical de régime avec la naissance de la 1 ère République allemande, future République de Weimar.

Sauf que, deux républiques sont proclamées simultanément, par deux partis différents : un plus réformiste, le parti socialiste, mené par Philipp Scheidemann,  l’autre plus révolutionnaire, le communiste, mené par les spartakistes et Karl-Liebknecht.

 

Karl Liebknecht proclamant la République Socialiste d’Allemagne depuis le Château Impérial.

On parle de « frères » ennemis, qui défendent deux visions de ce que doit être cette République. La guerre civile éclate et de nombreuses tensions politiques et économiques vont secouer le pays. Le conflit s’achève dans le sang, avec l’assassinat de spartakistes, dont Karl-Liebknecht et Rosa Luxembourg.

Ce 9 novembre évoque donc la naissance de la République allemande, mais également une date amère pour les communistes.

 

  • Le 9 novembre 1923 est également une date marquante et pourtant méconnue : l’échec du putsch politique initié par Adolf Hitler.

Les 8 et 9 novembre 1923, les nazis tentent de prendre le pouvoir par la force à Munich, en espérant imiter la Marche sur Rome de Benito Mussolini de 1922. Ils sont cependant défaits et Hitler est emprisonné. Les nazis vont alors changer de stratégie et viser une prise de pouvoir par les urnes, qui réussira en janvier 1933.

Ce putsch deviendra pour les nazis l’acte fondateur de la mythologie nationale-socialiste, avec ses martyres, que Hitler ne manquera pas de célébrer chaque année.

Membres du parti nazi pendant le putsch
  • Le 9 novembre 1938 est également marqué par la Nuit de Cristal.

Le 7 novembre 1938, un diplomate allemand est assassiné à Paris. L’assassin étant juif, les nazis en profitent pour organiser un vaste pogrom, qui a lieu la nuit du 9 novembre. Dans tout le pays, des lieux de culte, des personnes et des magasins sont attaqués.

Bilan : une centaine de juifs sont assassinés, 30 000 sont déportées et des milliers se mettent à fuir, y voyant à raison les premiers signes de la Shoah.

 

Magasin de chaussures de Léo Schlesinger saccagé – Vienne – 10 novembre 1923

 

En 1990, lorsque les autorités allemandes choisissent la date de fête nationale de l’Allemagne réunifiée, ils préfèrent au 9 novembre et ses événements tragiques, le 3 octobre, plus neutre.

Pourtant, faire du 9 novembre un «  jour national » serait une manière de revenir chaque année sur des moments importants de l’histoire du pays. Evidemment, ce ne serait pas un jour aussi réjouissant que le 14 juillet, mais en flânant à Berlin, on voit combien il est important que conserver la mémoire, même s’il s’agit d’événements dramatiques. Parler des massacres et ériger des mémoriaux permet de commémorer et ne pas oublier, en espérant ne pas reproduire les erreurs du passé.

Comme disait Spinoza : « ne pas rire, ne pas pleurer, mais comprendre ».

 

  • Liens pour aller plus loin :

France Info – une fausse émission du 9 novembre 1918
Un texte de Georges Castellan de 1969 sur la Révolution de 1918
Une synthèse qui reprend les grandes lignes de la Révolution de 1918
Un site marxiste qui revient en profondeur sur la Révolution de 1918
Sur le putsch raté de 1923
La page Wikipedia sur le putsch raté de 1923
L’émission 2000 ans d’histoire revenant sur la Nuit de Cristal de 1938
La RTS proposant une série de photos de la Nuit de Cristal de 1938 et ses conséquences
Un double article intitulé : « Pour le 3 octobre ou le 9 novembre comme fête nationale en Allemagne ? »